{"id":879,"date":"2026-06-02T06:00:00","date_gmt":"2026-06-02T04:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/?p=879"},"modified":"2026-06-01T09:50:02","modified_gmt":"2026-06-01T07:50:02","slug":"contenu-vs-connaissance-ia-produire-du-contenu-nest-pas-produire-de-lintelligence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/2026\/06\/02\/contenu-vs-connaissance-ia-produire-du-contenu-nest-pas-produire-de-lintelligence\/","title":{"rendered":"Contenu vs connaissance IA : produire du contenu n&rsquo;est pas produire de l&rsquo;intelligence !"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Contenu vs connaissance IA, c&rsquo;est \u00e0 mon sens une question majeure. Quand le co\u00fbt de production du contenu tend vers z\u00e9ro, et donc que l&rsquo;abondance de contenu devient la norme, je trouvais int\u00e9ressant de me demander ce qui cr\u00e9e encore de la valeur. Car ce qui est abondant n&rsquo;est, par d\u00e9finition, que peu valoris\u00e9, tandis que ce qui est rare l&rsquo;est davantage. Cela m&rsquo;a amen\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au contenu, \u00e0 la connaissance et \u00e0 l&rsquo;intelligence, et \u00e0 la place du temps dans le processus de production intellectuelle. Cet article ne vise rien d&rsquo;autre qu&rsquo;\u00e0 ouvrir le d\u00e9bat et ne se pr\u00e9tend nullement \u00e0 la pointe scientifiquement parlant : c&rsquo;est un point de vue sur un sujet que je trouve passionnant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-rank-math-toc-block\" id=\"rank-math-toc\"><h2>Au sommaire<\/h2><nav><ul><li class=\"\"><a href=\"#pourquoi-la-connaissance-exige-irreductiblement-du-temps-humain\">Pourquoi la connaissance exige, irr\u00e9ductiblement, du temps humain<\/a><\/li><li class=\"\"><a href=\"#i-trois-niveaux-contenu-connaissance-intelligence\">I. Trois niveaux : contenu, connaissance, intelligence<\/a><\/li><li class=\"\"><a href=\"#ii-le-contenu-est-devenu-instantane-et-cest-precisement-le-piege\">II. Le contenu est devenu instantan\u00e9, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment le pi\u00e8ge<\/a><\/li><li class=\"\"><a href=\"#iii-le-temps-humain-irreductible-ce-que-disent-les-neurosciences\">III. Le temps humain irr\u00e9ductible : ce que disent les neurosciences<\/a><\/li><li class=\"\"><a href=\"#iv-ce-que-la-machine-na-pas-encore-le-modele-du-monde\">IV. Ce que la machine n&rsquo;a pas encore : le mod\u00e8le du monde<\/a><\/li><li class=\"\"><a href=\"#v-le-cout-de-sauter-le-temps-et-le-temps-quil-ne-faut-pas-sauter\">V. Le co\u00fbt de sauter le temps, et le temps qu&rsquo;il ne faut pas sauter<\/a><\/li><li class=\"\"><a href=\"#lia-comme-extension-a-condition-de-garder-le-bon-temps\">L&rsquo;IA comme extension, \u00e0 condition de garder le bon temps<\/a><\/li><li class=\"\"><a href=\"#references\">R\u00e9f\u00e9rences<\/a><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n\n\n\n<h2 id=\"pourquoi-la-connaissance-exige-irreductiblement-du-temps-humain\" class=\"wp-block-heading\">Pourquoi la connaissance exige, irr\u00e9ductiblement, du temps humain<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous vivons un paradoxe que peu de g\u00e9n\u00e9rations ont connu avec une telle intensit\u00e9 : produire du contenu ne co\u00fbte presque plus rien, ni en argent ni surtout en temps, alors que produire de la connaissance ou de l&rsquo;intelligence continue d&rsquo;exiger la dur\u00e9e lente, co\u00fbteuse et laborieuse d&rsquo;un cerveau humain. En quelques secondes, un mod\u00e8le de langage r\u00e9dige une dissertation, esquisse un plan d&rsquo;article, propose dix variations stylistiques. Cette fluidit\u00e9 est sid\u00e9rante, et elle nourrit une confusion qui me para\u00eet \u00eatre la grande m\u00e9prise intellectuelle de notre \u00e9poque : <strong>confondre la facilit\u00e9 du contenu avec la profondeur de la pens\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma th\u00e8se est simple, et je voudrais la d\u00e9fendre avec les travaux les plus r\u00e9cents. Ce qui d\u00e9finit le contenu, sa production quasi instantan\u00e9e, est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui le disqualifie comme indicateur de l&rsquo;intelligence. C&rsquo;est tout au plus une simulation d&rsquo;intelligence, un artifice qui cr\u00e9e une forme d&rsquo;illusion. Le contenu s&rsquo;est effondr\u00e9 vers un temps nul. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La connaissance, elle, demeure temporelle par nature, parce que le m\u00e9canisme c\u00e9r\u00e9bral qui fabrique des id\u00e9es v\u00e9ritablement neuves est lui-m\u00eame biologiquement, irr\u00e9ductiblement lent. Le v\u00e9ritable clivage n&rsquo;est ni la coh\u00e9rence, ni la grammaire, ni m\u00eame la pertinence apparente. C&rsquo;est le temps humain. Car nous sommes en r\u00e9alit\u00e9 le facteur limitant de l&rsquo;IA : moins d&rsquo;information trait\u00e9e, plus lentement, une moindre capacit\u00e9 \u00e0 identifier des r\u00e9gularit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une pr\u00e9cision, d&#8217;embl\u00e9e, pour \u00e9viter le malentendu. Ma cible n&rsquo;est pas l&rsquo;IA en soi, mais un certain usage de l&rsquo;IA : celui qui consiste \u00e0 lui d\u00e9l\u00e9guer non pas la corv\u00e9e, mais l&rsquo;effort. Tout l&rsquo;enjeu, on le verra, tient \u00e0 une distinction que je garderai pour la fin : il existe un temps que l&rsquo;on peut sans dommage confier \u00e0 la machine, et un temps que l&rsquo;on ne peut pas externaliser sans cesser de penser.<\/p>\n\n\n\n<h2 id=\"i-trois-niveaux-contenu-connaissance-intelligence\" class=\"wp-block-heading\">I. Trois niveaux : contenu, connaissance, intelligence<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour penser ce clivage contenu vs connaissance IA, il faut d&rsquo;abord cesser de poser la mauvaise question. Demander si une machine \u00ab pense \u00bb est un pi\u00e8ge s\u00e9mantique, car on en conna\u00eet la r\u00e9ponse, elle est par construction : non. Il me semble plus f\u00e9cond de distinguer trois niveaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le premier est le contenu : une forme linguistique ou visuelle coh\u00e9rente, produite par recombinaison statistique de ce qui existe d\u00e9j\u00e0. C&rsquo;est ce que les mod\u00e8les g\u00e9n\u00e9ratifs r\u00e9alisent aujourd&rsquo;hui avec une aisance remarquable. Le deuxi\u00e8me est la connaissance : un contenu ancr\u00e9 dans un mod\u00e8le du monde, v\u00e9rifiable, structur\u00e9 par des relations causales et non seulement probabilistes. Le troisi\u00e8me est l&rsquo;intelligence au sens fort : la capacit\u00e9 de former des id\u00e9es nouvelles qui modifient en retour le cadre conceptuel dans lequel elles ont \u00e9merg\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette hi\u00e9rarchie n&rsquo;est pas arbitraire. Elle prolonge une distinction que Karl Popper avait formul\u00e9e bien avant l&rsquo;IA. Popper s\u00e9parait le Monde 1 (les objets physiques), le Monde 2 (les \u00e9tats mentaux subjectifs) et le Monde 3, le royaume des produits objectifs de l&rsquo;esprit : th\u00e9ories, livres, d\u00e9monstrations, \u0153uvres. Le point d\u00e9cisif de Popper est que les objets du Monde 3 poss\u00e8dent une autonomie. Une d\u00e9monstration peut contenir un th\u00e9or\u00e8me que son auteur n&rsquo;avait pas aper\u00e7u. Un roman engendre des interpr\u00e9tations que l&rsquo;\u00e9crivain n&rsquo;avait pas voulues. Une id\u00e9e v\u00e9ritable se retourne contre celui qui la formule et le contraint comme une d\u00e9couverte [1].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est exactement le crit\u00e8re qui s\u00e9pare l&rsquo;id\u00e9e du contenu. Margaret Boden distinguait trois formes de cr\u00e9ativit\u00e9 : combinatoire (associer autrement des \u00e9l\u00e9ments connus), exploratoire (parcourir les fronti\u00e8res d&rsquo;un espace conceptuel existant) et transformationnelle (modifier les r\u00e8gles m\u00eames qui d\u00e9finissent cet espace). Seule la troisi\u00e8me produit un vrai saut, et Boden la rattachait directement aux r\u00e9volutions de paradigme de Thomas Kuhn [2]. <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le recours \u00e0 l&rsquo;IA dans la production de contenu et l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9isation qui s&rsquo;en suit doit inciter en retour \u00e0 cultiver sa diff\u00e9rence de pens\u00e9e, \u00e0 d\u00e9velopper une pluralit\u00e9 d&rsquo;exp\u00e9riences, de savoirs et \u00e0 passer \u00e0 l&rsquo;action plus rapidement. Une id\u00e9e neuve r\u00e9side dans l&rsquo;improbable, dans l&rsquo;\u00e9cart, dans l&rsquo;inattendu, dans la suprise.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bergson disait la m\u00eame chose dans un autre langage : l&rsquo;intelligence analytique, celle qui d\u00e9compose et calcule, est une forme fossilis\u00e9e, tandis que la cr\u00e9ation authentique jaillit et ne peut se d\u00e9duire de ce qui la pr\u00e9c\u00e8de. Mesur\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aune de ces trois niveaux, l&rsquo;IA g\u00e9n\u00e9rative excelle au premier, progresse vers le deuxi\u00e8me et reste, philosophiquement comme neurologiquement, assez \u00e9loign\u00e9e du troisi\u00e8me, du moins tant qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas orchestr\u00e9e par un humain.<\/p>\n\n\n\n<h2 id=\"ii-le-contenu-est-devenu-instantane-et-cest-precisement-le-piege\" class=\"wp-block-heading\">II. Le contenu est devenu instantan\u00e9, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment le pi\u00e8ge<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La facilit\u00e9 du contenu n&rsquo;est pas un d\u00e9tail technique. Elle a une cons\u00e9quence mesurable, et les \u00e9tudes les plus rigoureuses de ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es la documentent : le contenu produit avec l&rsquo;IA converge vers la moyenne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9tude de r\u00e9f\u00e9rence est celle de Doshi et Hauser, parue dans <em>Science Advances<\/em> en 2024. Dans une exp\u00e9rience contr\u00f4l\u00e9e, des participants recevaient ou non des id\u00e9es d&rsquo;histoires g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par un mod\u00e8le de langage. R\u00e9sultat : les r\u00e9cits assist\u00e9s par l&rsquo;IA \u00e9taient jug\u00e9s plus cr\u00e9atifs et mieux \u00e9crits, surtout chez les auteurs les moins dou\u00e9s au d\u00e9part. Mais ces m\u00eames r\u00e9cits se ressemblaient davantage entre eux. Les chercheurs mesurent une augmentation de 10,7 % de la similarit\u00e9 entre les textes des auteurs ayant utilis\u00e9 une seule id\u00e9e de l&rsquo;IA, par rapport au groupe sans assistance [3]. Les auteurs parlent d&rsquo;un dilemme social : individuellement b\u00e9n\u00e9fique, collectivement appauvrissant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le recours \u00e0 l&rsquo;IA et l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9isation qui s&rsquo;ensuit devraient nous inciter, en retour, \u00e0 cultiver notre diff\u00e9rence de pens\u00e9e, \u00e0 d\u00e9velopper une pluralit\u00e9 d&rsquo;exp\u00e9riences et de savoirs, et \u00e0 passer \u00e0 l&rsquo;action plus vite. C&rsquo;est un signal \u00e0 rebours : plus le contenu se standardise, plus la valeur se d\u00e9place vers ce qui d\u00e9tonne, vers ce qui n&rsquo;est pas d\u00e9j\u00e0 dans la moyenne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce r\u00e9sultat n&rsquo;est pas isol\u00e9. Une m\u00e9ta-analyse de 2025 portant sur vingt-huit \u00e9tudes et plus de huit mille participants donne des ordres de grandeur pr\u00e9cis : aucune diff\u00e9rence significative de performance cr\u00e9ative individuelle entre l&rsquo;humain et l&rsquo;IA (g \u2248 \u22120,05), un avantage net quand l&rsquo;humain collabore avec l&rsquo;IA plut\u00f4t que de travailler seul (g \u2248 0,27), mais une chute spectaculaire de la diversit\u00e9 des id\u00e9es (g \u2248 \u22120,86) [4]. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une revue parue dans <em>Trends in Cognitive Sciences<\/em> va plus loin et nomme le ph\u00e9nom\u00e8ne : l&rsquo;effet homog\u00e9n\u00e9isant des mod\u00e8les de langage sur l&rsquo;expression et la pens\u00e9e. Les auteurs avertissent que les mod\u00e8les refl\u00e8tent et renforcent les styles dominants tout en marginalisant les voix et les strat\u00e9gies de raisonnement minoritaires, et que l&rsquo;incitation syst\u00e9matique \u00e0 raisonner \u00ab pas \u00e0 pas \u00bb risque de d\u00e9courager les modes de pens\u00e9e intuitifs et associatifs, pourtant cruciaux pour la r\u00e9solution de probl\u00e8mes [5]. Une m\u00e9ta-analyse de 2026, agr\u00e9geant dix-neuf \u00e9tudes, confirme un effet d&rsquo;homog\u00e9n\u00e9isation faible mais robuste, plus marqu\u00e9 dans l&rsquo;id\u00e9ation contrainte et susceptible de persister au-del\u00e0 de la s\u00e9ance de co-cr\u00e9ation [6].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le contenu optimise pour le probable : un mod\u00e8le de langage produit, par construction, la suite la plus vraisemblable. Or l&rsquo;id\u00e9e neuve r\u00e9side dans l&rsquo;improbable, dans l&rsquo;\u00e9cart, dans la trajectoire inattendue \u00e0 travers l&rsquo;espace des concepts, dans la surprise. La facilit\u00e9 m\u00eame du contenu le tire vers le centre de gravit\u00e9 statistique de ce qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pens\u00e9, et \u00ab dig\u00e9r\u00e9 \u00bb par le mod\u00e8le math\u00e9matique du LLM. Voil\u00e0 pourquoi la fluidit\u00e9 ne peut servir d&rsquo;indicateur de pens\u00e9e : elle mesure plut\u00f4t l&rsquo;inverse de ce qui compte.<\/p>\n\n\n\n<h2 id=\"iii-le-temps-humain-irreductible-ce-que-disent-les-neurosciences\" class=\"wp-block-heading\">III. Le temps humain irr\u00e9ductible : ce que disent les neurosciences<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;en viens au c\u0153ur de mon propos. Si le contenu est instantan\u00e9 et l&rsquo;id\u00e9e laborieuse, ce n&rsquo;est pas par accident culturel. C&rsquo;est parce que <strong>le m\u00e9canisme biologique qui fabrique des id\u00e9es v\u00e9ritables est intrins\u00e8quement temporel. Le temps n&rsquo;est pas un retard \u00e0 \u00e9liminer. Il est le m\u00e9canisme lui-m\u00eame.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les neurosciences de la cr\u00e9ativit\u00e9 ont connu en 2025 une avanc\u00e9e qui \u00e9claire ce point. Becker et Cabeza, dans <em>Trends in Cognitive Sciences<\/em>, proposent une th\u00e9orie de l&rsquo;insight comme erreur de pr\u00e9diction. L&rsquo;illumination, le fameux \u00ab Aha ! \u00bb, na\u00eetrait d&rsquo;un \u00e9cart entre ce que le cerveau pr\u00e9disait et ce qu&rsquo;il rencontre : l&rsquo;hippocampe d\u00e9tecte cette erreur, le cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dian l&rsquo;int\u00e8gre, la dopamine signale la r\u00e9compense et la noradr\u00e9naline amplifie la saillance. D\u00e9tail capital : cet \u00e9cart, cette surprise, renforce durablement la m\u00e9moire, ce qui explique pourquoi les id\u00e9es trouv\u00e9es par insight s&rsquo;ancrent mieux que celles re\u00e7ues passivement [7]. Une perspective convergente, issue des travaux sur le cerveau pr\u00e9dictif de Friston et Clark, montre comment un cerveau qui cherche pourtant \u00e0 minimiser l&rsquo;incertitude peut malgr\u00e9 tout cr\u00e9er, en partie gr\u00e2ce \u00e0 la structure de son environnement [8].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Or la surprise prend du temps. Pour qu&rsquo;une erreur de pr\u00e9diction survienne, il faut d&rsquo;abord avoir pr\u00e9dit, donc s&rsquo;\u00eatre engag\u00e9 activement, donc avoir \u00e9chou\u00e9. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;erreur f\u00e9conde, l&rsquo;essai infructueux, le retour en arri\u00e8re ne sont pas des pertes de temps : ce sont les conditions m\u00eames de l&rsquo;id\u00e9e. Stanislas Dehaene r\u00e9sume l&rsquo;apprentissage efficace en quatre piliers : l&rsquo;attention, l&rsquo;engagement actif, le retour d&rsquo;erreur et la consolidation. Les quatre sont temporels, et aucun n&rsquo;est satisfait par la simple lecture d&rsquo;un contenu d\u00e9j\u00e0 fait. C&rsquo;est ici que l&rsquo;usage substitutif de l&rsquo;IA risque de co\u00fbter le plus cher, non pas en faisant baisser une note, mais en escamotant les conditions m\u00eames par lesquelles un savoir s&rsquo;installe et se transforme en comp\u00e9tence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cela s&rsquo;ajoutent deux autres dimensions du temps c\u00e9r\u00e9bral. D&rsquo;abord l&rsquo;incubation : les id\u00e9es m\u00fbrissent \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan, pendant la r\u00eaverie, parfois pendant le sommeil. Une \u00e9tude pr\u00e9enregistr\u00e9e de 2025 montre que la divagation mentale durant une phase d&rsquo;incubation pr\u00e9dit l&rsquo;am\u00e9lioration ult\u00e9rieure des performances cr\u00e9atives. Ensuite l&rsquo;oscillation entre les grands r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux : la cr\u00e9ativit\u00e9, mesur\u00e9e par la pens\u00e9e divergente, est pr\u00e9dite par le nombre de basculements entre le r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut, celui de la r\u00eaverie et de l&rsquo;association libre, et le r\u00e9seau de contr\u00f4le ex\u00e9cutif, celui du jugement critique. La relation suit une courbe en U invers\u00e9, ce qui signifie qu&rsquo;il faut ni trop peu ni trop de bascules : un dosage qui se construit dans la dur\u00e9e d&rsquo;un travail r\u00e9el [9]. Personnellement, le temps de l&rsquo;\u00e9criture de ces articles de prise de recul me permet de jouer sur l&rsquo;\u00e9criture comme formalisation de la pens\u00e9e, puis sur la s\u00e9dimentation et la consolidation des id\u00e9es au fil des \u00e9changes qui suivent la publication.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, et c&rsquo;est peut-\u00eatre l&rsquo;argument le plus frappant, faire le travail cr\u00e9atif transforme physiquement le cerveau. Une revue de 2026 dans <em>Frontiers in Human Neuroscience<\/em> documente la plasticit\u00e9 induite par l&rsquo;entra\u00eenement artistique, qui renforce notamment la connectivit\u00e9 entre r\u00e9seaux [10]. Lire un contenu produit par une machine ne d\u00e9clenche aucune de ces adaptations. La connaissance n&rsquo;est pas seulement un objet que l&rsquo;on poss\u00e8de : c&rsquo;est une modification durable de celui qui l&rsquo;\u00e9labore. Pour cette raison, il me semble extr\u00eamement important de cultiver un \u00e9veil \u00e0 l&rsquo;art, quelle qu&rsquo;en soit la forme : musique, peinture, photographie, dessin, chant, peu importe. Passer du temps \u00e0 pratiquer un art, c&rsquo;est passer du temps \u00e0 \u00ab muscler \u00bb son cerveau, utilement, face \u00e0 l&rsquo;IA.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le contenu, en s&rsquo;effondrant vers un temps nul, ne produit aucune de ces transformations, parce qu&rsquo;il supprime pr\u00e9cis\u00e9ment la dur\u00e9e qui les rend possibles.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 id=\"iv-ce-que-la-machine-na-pas-encore-le-modele-du-monde\" class=\"wp-block-heading\">IV. Ce que la machine n&rsquo;a pas encore : le mod\u00e8le du monde<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On pourrait objecter que les mod\u00e8les vont rattraper cet \u00e9cart \u00e0 un moment donn\u00e9. C&rsquo;est l&rsquo;objet, je crois, d&rsquo;un d\u00e9bat scientifique intense, et il faut le pr\u00e9senter honn\u00eatement, car il n&rsquo;est \u00e0 mon sens pas du tout tranch\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le courant le plus critique des mod\u00e8les de langage est port\u00e9 par Yann LeCun, dont le programme d\u00e9fend une th\u00e8se de fond : l&rsquo;intelligence requiert un mod\u00e8le du monde, c&rsquo;est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 de se repr\u00e9senter des \u00e9tats du monde en termes causaux et de planifier dans un espace de repr\u00e9sentation abstrait, plut\u00f4t que de pr\u00e9dire le prochain mot. Son architecture V-JEPA 2, entra\u00een\u00e9e sur plus d&rsquo;un million d&rsquo;heures de vid\u00e9o, permet une planification robotique sans r\u00e9entra\u00eenement [11]. Sa version th\u00e9orique, LeJEPA, d\u00e9montre formellement la distribution d&#8217;embedding optimale, rempla\u00e7ant les heuristiques par des preuves [12]. Tout r\u00e9cemment, en 2026, un travail de Klindt, LeCun et Balestriero \u00e9tablit sous quelles conditions ce type de mod\u00e8le apprend r\u00e9ellement les variables latentes du monde. Ce r\u00e9sultat date de quelques jours seulement au moment o\u00f9 j&rsquo;\u00e9cris, et il faut le citer avec la prudence d&rsquo;un pr\u00e9print tr\u00e8s frais [13].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du c\u00f4t\u00e9 empirique, les mod\u00e8les de langage tr\u00e9buchent encore sur le monde physique. L&rsquo;\u00e9tude pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 NAACL 2025, malicieusement intitul\u00e9e \u00ab le perroquet stochastique sur l&rsquo;\u00e9paule du mod\u00e8le \u00bb, montre que les mod\u00e8les de pointe, dont GPT-4o et les mod\u00e8les de raisonnement les plus r\u00e9cents, restent en retard d&rsquo;environ 40 % sur les humains pour \u00ab comprendre \u00bb des concepts physiques, alors m\u00eame qu&rsquo;ils savent parfaitement les d\u00e9crire en langage naturel [14]. C&rsquo;est la confirmation exp\u00e9rimentale de l&rsquo;argument philosophique fondateur de Searle : la chambre chinoise manipule des symboles selon des r\u00e8gles impeccables sans rien comprendre. La syntaxe n&rsquo;engendre pas la s\u00e9mantique. Cette formule est int\u00e9ressante, dite autrement : le contenu ne traduit plus la pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Faut-il pour autant conclure que les mod\u00e8les ne comprennent rien ? Le d\u00e9bat philosophique de 2025 et 2026 dessine un spectre plut\u00f4t qu&rsquo;un verdict. \u00c0 un p\u00f4le, Bender et Hanna soutiennent que la \u00ab compr\u00e9hension \u00bb et l&rsquo;\u00ab agentivit\u00e9 \u00bb des mod\u00e8les sont des illusions entretenues par le marketing, dans la lign\u00e9e de l&rsquo;article fondateur sur les perroquets stochastiques [15]. Au centre, Lederman et Mahowald proposent une position de \u00ab bibliotechnisme \u00bb : les mod\u00e8les seraient des technologies culturelles dont le texte nouveau h\u00e9rite son sens du texte humain original [16]. \u00c0 l&rsquo;autre p\u00f4le, des philosophes d\u00e9fendent une compr\u00e9hension gradu\u00e9e et m\u00e9caniquement fond\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Beckmann et Queloz, dans <em>Philosophical Studies<\/em>, soutiennent que certains m\u00e9canismes internes des mod\u00e8les justifient une attribution de compr\u00e9hension non m\u00e9taphorique [17], tandis que Mollo et Milli\u00e8re argumentent que les \u00e9tats internes peuvent acqu\u00e9rir une v\u00e9ritable r\u00e9f\u00e9rence au monde, sans m\u00eame requ\u00e9rir un corps ni la multimodalit\u00e9 [18]. Pour ma part, je me range dans un courant de pens\u00e9e qui postule que toute activit\u00e9 cognitive de haut niveau est de nature sensori-motrice (Barsalou, 1999) [26], ce qui me place de facto dans ce spectre, du c\u00f4t\u00e9 de ceux pour qui l&rsquo;absence de corps et d&rsquo;exp\u00e9rience p\u00e8se lourd.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce d\u00e9bat est passionnant, mais il faut noter que m\u00eame le p\u00f4le le plus optimiste parle de la compr\u00e9hension d&rsquo;un contenu, non de la production autonome d&rsquo;id\u00e9es qui se retournent contre leur auteur. Surtout, un fait demeure, et il est d\u00e9cisif au regard de la neuroscience expos\u00e9e plus haut : la machine n&rsquo;est pas surprise par ses propres sorties. Entendons-nous bien, car c&rsquo;est ici qu&rsquo;on sur-interpr\u00e8te vite : un \u00e9cart entre ce qu&rsquo;un mod\u00e8le pr\u00e9dit et ce qu&rsquo;il observe peut tout \u00e0 fait \u00eatre mesur\u00e9, et m\u00eame exploit\u00e9 pour l&rsquo;entra\u00eener. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui manque \u00e0 la machine, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;\u00e9cart computationnel, c&rsquo;est la surprise v\u00e9cue, celle qui, chez nous, d\u00e9clenche la cascade biologique de l&rsquo;insight et grave l&rsquo;id\u00e9e dans la m\u00e9moire. Elle ne vit aucune erreur de pr\u00e9diction au sens \u00e9prouv\u00e9 du terme, aucun \u00ab Aha ! \u00bb, aucune consolidation, aucune plasticit\u00e9 (m\u00eame si l&rsquo;on commence \u00e0 en simuler certains aspects par une am\u00e9lioration r\u00e9cursive du cadrage du contexte dans des fichiers markdown). Le moteur biologique de l&rsquo;id\u00e9e lui est \u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<h2 id=\"v-le-cout-de-sauter-le-temps-et-le-temps-quil-ne-faut-pas-sauter\" class=\"wp-block-heading\">V. Le co\u00fbt de sauter le temps, et le temps qu&rsquo;il ne faut pas sauter<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que se passe-t-il quand un humain, s\u00e9duit par la facilit\u00e9, d\u00e9l\u00e8gue \u00e0 la machine non seulement la mise en forme mais aussi le travail temporel de la pens\u00e9e ? Les \u00e9tudes de 2025 sont s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La <a href=\"https:\/\/www.media.mit.edu\/publications\/your-brain-on-chatgpt\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.media.mit.edu\/publications\/your-brain-on-chatgpt\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">fameuse exp\u00e9rience EEG du MIT Media Lab<\/a> a compar\u00e9 des r\u00e9dacteurs travaillant avec un mod\u00e8le de langage, avec un moteur de recherche, ou seuls. Les utilisateurs du mod\u00e8le pr\u00e9sentaient la connectivit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale la plus faible et la moins distribu\u00e9e (ce n&rsquo;est pas vraiment un scoop en soi), retenaient mal leur propre texte et en ressentaient peu la paternit\u00e9. Les auteurs parlent alors de \u00ab dette cognitive \u00bb, et cela a beaucoup fait r\u00e9agir. Je signale toutefois qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un pr\u00e9print non encore \u00e9valu\u00e9 par les pairs \u00e0 ce jour, qui a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un commentaire critique en 2026 sur sa m\u00e9thodologie et son petit \u00e9chantillon : \u00e0 manier donc avec pr\u00e9caution [19].<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"652\" height=\"391\" src=\"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/contenu-vs-connaissance-IA.png\" alt=\"contenu vs connaissance IA : un enjeu majeur aujourd'hui\" class=\"wp-image-881\" srcset=\"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/contenu-vs-connaissance-IA.png 652w, https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/contenu-vs-connaissance-IA-300x180.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 652px) 100vw, 652px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">contenu vs connaissance IA : un enjeu majeur aujourd&rsquo;hui<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D&rsquo;autres r\u00e9sultats, eux publi\u00e9s, pointent dans la m\u00eame direction. Une \u00e9tude randomis\u00e9e parue dans le <em>British Journal of Educational Technology<\/em> observe que l&rsquo;usage de ChatGPT am\u00e9liore les notes mais ni l&rsquo;acquisition de connaissances, ni leur transfert, ni la motivation, et r\u00e9duit l&rsquo;engagement dans les processus d&rsquo;autor\u00e9gulation de l&rsquo;apprentissage. Les auteurs nomment ce ph\u00e9nom\u00e8ne la \u00ab paresse m\u00e9tacognitive \u00bb [20]. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une enqu\u00eate sur 666 personnes \u00e9tablit une corr\u00e9lation n\u00e9gative entre l&rsquo;usage fr\u00e9quent d&rsquo;outils d&rsquo;IA et la pens\u00e9e critique, m\u00e9di\u00e9e par le d\u00e9lestage cognitif [21]. Une \u00e9tude de Microsoft et Carnegie Mellon, men\u00e9e aupr\u00e8s de 319 travailleurs du savoir, montre que plus la confiance dans l&rsquo;IA est \u00e9lev\u00e9e, moins l&rsquo;effort de pens\u00e9e critique est important [22]. Le philosophe qui a le mieux th\u00e9oris\u00e9 ce risque parle d&rsquo;\u00ab esprit creus\u00e9 \u00bb et de \u00ab pi\u00e8ge de la souverainet\u00e9 \u00bb : la disponibilit\u00e9 sans friction de r\u00e9ponses toutes faites permet de contourner syst\u00e9matiquement les processus cognitifs co\u00fbteux, jusqu&rsquo;\u00e0 confondre l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;information avec la capacit\u00e9 r\u00e9elle [23]. Sauter le temps, c&rsquo;est sauter la formation de l&rsquo;esprit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Faut-il pour autant verser dans le catastrophisme ? Non, et c&rsquo;est ici qu&rsquo;il faut affiner la th\u00e8se, car elle serait fausse si on la laissait en l&rsquo;\u00e9tat. Dire que \u00ab l&rsquo;IA supprime le temps \u00bb ne suffit pas. <strong>La vraie question n&rsquo;est pas combien de temps elle supprime, mais quel temps elle supprime.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Distinguons donc deux temps que la production intellectuelle confond d&rsquo;ordinaire. Il y a le <strong>temps de production<\/strong> : chercher une r\u00e9f\u00e9rence, mettre en forme, reformuler proprement, explorer une litt\u00e9rature, g\u00e9n\u00e9rer des exemples. Et il y a le <strong>temps de transformation<\/strong> : probl\u00e9matiser, juger, se tromper et comprendre pourquoi, laisser une id\u00e9e incuber, se l&rsquo;approprier au point d&rsquo;en \u00eatre modifi\u00e9. Le premier est largement logistique. Le second est cognitif au sens fort : c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment celui dont les neurosciences d\u00e9crites plus haut montrent qu&rsquo;il reconfigure le cerveau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Or l&rsquo;IA peut comprimer le premier sans toucher au second, et c&rsquo;est alors une b\u00e9n\u00e9diction : elle me d\u00e9barrasse de la corv\u00e9e documentaire pour me rendre disponible \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation. Le danger n&rsquo;appara\u00eet que lorsqu&rsquo;on croit pouvoir comprimer aussi le second, lorsqu&rsquo;on d\u00e9l\u00e8gue non plus la mise en forme mais la friction m\u00eame de la pens\u00e9e. La m\u00eame phrase, tap\u00e9e dans la m\u00eame interface, peut donc appauvrir ou enrichir, selon qu&rsquo;elle escamote le temps de transformation ou qu&rsquo;elle lib\u00e8re du temps de production \u00e0 son profit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette distinction \u00e9claire un usage que mon propos a jusqu&rsquo;ici n\u00e9glig\u00e9, et qui est sans doute le plus prometteur. L&rsquo;IA-proth\u00e8se produit \u00e0 ma place et m&rsquo;appauvrit. Mais il existe une IA partenaire de friction qui ne produit pas pour moi : elle me contredit, g\u00e9n\u00e8re des objections que je n&rsquo;avais pas vues, oppose \u00e0 mon cadre th\u00e9orique un cadre rival, simule la controverse que je n&rsquo;aurais pas su mener seul. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Loin de supprimer le temps de transformation, cet usage de l&rsquo;IA l&rsquo;intensifie : il multiplie les \u00e9carts entre ce que je pr\u00e9disais et ce qu&rsquo;on m&rsquo;oppose, donc les occasions de surprise, donc le moteur m\u00eame de l&rsquo;id\u00e9e. C&rsquo;est aussi, soit dit en passant, l&rsquo;un des rares antidotes \u00e0 l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9isation d\u00e9crite plus haut, puisqu&rsquo;il me sert des perspectives que je n&rsquo;aurais pas g\u00e9n\u00e9r\u00e9es. La fronti\u00e8re d\u00e9cisive ne passe donc pas entre l&rsquo;humain et la machine, elle passe \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de mes usages : entre l&rsquo;IA qui me dispense de penser et l&rsquo;IA qui m&rsquo;oblige \u00e0 penser mieux.<\/p>\n\n\n\n<h2 id=\"lia-comme-extension-a-condition-de-garder-le-bon-temps\" class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;IA comme extension, \u00e0 condition de garder le bon temps<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La lecture la plus f\u00e9conde est sans doute celle d&rsquo;Andy Clark, coauteur en 1998 de la th\u00e8se de l&rsquo;esprit \u00e9tendu, qui l&rsquo;a actualis\u00e9e en 2025 dans <em>Nature Communications<\/em> : il est dans notre nature de construire des syst\u00e8mes de pens\u00e9e hybrides, et les suggestions de l&rsquo;IA peuvent \u00eatre trait\u00e9es comme des pens\u00e9es qui \u00ab remontent \u00bb au cours d&rsquo;une conversation, \u00e0 la fois accueillies et questionn\u00e9es, examin\u00e9es pour savoir si elles ont vraiment du sens [24]. La nuance cruciale est apport\u00e9e par Hern\u00e1ndez-Orallo : les gains de la cognition \u00e9tendue sont perdus d\u00e8s que l&rsquo;outil dispara\u00eet ou d\u00e9faille, contrairement \u00e0 la comp\u00e9tence int\u00e9rioris\u00e9e [25]. L&rsquo;IA ne remplace pas le sujet pensant ; elle peut devenir une partie de son \u00e9cologie cognitive. Encore faut-il que le sujet reste, lui, un sujet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est l\u00e0 que se joue la fronti\u00e8re. L&rsquo;IA augmente la production d&rsquo;id\u00e9es lorsque l&rsquo;humain conserve le travail co\u00fbteux, \u00e9valuatif, g\u00e9n\u00e9ratif, et donc le temps de transformation. Elle la creuse quand elle s&rsquo;y substitue. La discipline de notre \u00e9poque consiste \u00e0 prot\u00e9ger ce temps-l\u00e0 comme la ressource rare qui change le contenu en connaissance : le temps de l&rsquo;erreur, de la surprise, de l&rsquo;incubation, du basculement entre r\u00eaverie et jugement, le temps qui modifie physiquement celui qui pense.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au fond, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;IA qui menace la connaissance. C&rsquo;est un usage de l&rsquo;IA : celui qui supprime le temps n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;appropriation, au jugement, \u00e0 l&rsquo;erreur f\u00e9conde, \u00e0 la transformation de soi. Reformul\u00e9e ainsi, ma th\u00e8se perd son tranchant facile contre la machine et gagne sa vraie cible. Car le paradoxe initial se d\u00e9noue alors de lui-m\u00eame : justement parce que le contenu est devenu gratuit et instantan\u00e9, le temps redevient, \u00e0 mon sens, la v\u00e9ritable mesure de l&rsquo;intelligence. Produire du contenu, d\u00e9sormais, ne prouve plus rien. Produire de la connaissance, en revanche, atteste toujours qu&rsquo;un esprit a pris le temps de se transformer en pensant, de penser en se transformant, voire de faire \u00e9voluer sa pens\u00e9e. Et cela, aucune machine, pour l&rsquo;instant, ne le fait \u00e0 notre place, m\u00eame si les intelligences artificielles, bien employ\u00e9es, peuvent puissamment y contribuer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour prolonger la r\u00e9flexion : <a href=\"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/2026\/01\/20\/penser-autrement-a-lere-de-lia-reflexion-exponentielle-et-decision-probabiliste\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/2026\/01\/20\/penser-autrement-a-lere-de-lia-reflexion-exponentielle-et-decision-probabiliste\/\">Penser autrement \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;IA ? <\/a>ou encore<a href=\"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/2025\/11\/04\/developper-les-competences-cognitives-emotionnelles-et-comportementales-cles-a-lere-de-lia\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/2025\/11\/04\/developper-les-competences-cognitives-emotionnelles-et-comportementales-cles-a-lere-de-lia\/\"> D\u00e9velopper les comp\u00e9tences cognitives, \u00e9motionnelles et comportementales \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;IA<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 id=\"references\" class=\"wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[1] K. R. Popper, <em>Objective Knowledge: An Evolutionary Approach<\/em>, Oxford University Press, 1972. Sur l&rsquo;autonomie du Monde 3, voir aussi les discussions contemporaines, par ex. <em>Studia Humana<\/em> et <em>Social Studies of Science<\/em> sur \u00ab Is Popper&rsquo;s Third World Autonomous? \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[2] M. A. Boden, <em>The Creative Mind: Myths and Mechanisms<\/em>, 2e \u00e9d., Routledge, 2004 ; et J. Gero et al., \u00ab Transformational Creativity in Science: A Graphical Theory \u00bb, arXiv:2504.18687, 2025.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[3] A. R. Doshi, O. P. Hauser, \u00ab Generative AI enhances individual creativity but reduces the collective diversity of novel content \u00bb, <em>Science Advances<\/em>, vol. 10, n\u00b0 28, eadn5290, 2024. DOI : 10.1126\/sciadv.adn5290.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[4] S. Holzner, M. Maier, S. Feuerriegel, \u00ab Generative AI and Creativity: A Systematic Literature Review and Meta-Analysis \u00bb, pr\u00e9print, arXiv:2505.17241, 2025. Chiffres d&rsquo;effet \u00e0 v\u00e9rifier sur la version finale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[5] Z. Sourati, A. H. Ziabari, M. Dehghani, \u00ab The homogenizing effect of large language models on human expression and thought \u00bb, <em>Trends in Cognitive Sciences<\/em>, 2026 (en ligne 2025). Pr\u00e9print : arXiv:2508.01491.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[6] M. de Rooij, M. M. Biskjaer, \u00ab Does generative AI make us think alike? A systematic review and three-level meta-analysis of homogenization effects in human\u2013AI co-creation \u00bb, pr\u00e9print OSF, 2026. DOI : 10.31234\/osf.io\/rz5s4_v1.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[7] M. Becker, R. Cabeza, \u00ab The neural basis of the insight memory advantage \u00bb, <em>Trends in Cognitive Sciences<\/em>, vol. 29, n\u00b0 3, p. 255, 2025. DOI : 10.1016\/j.tics.2025.01.001. Voir aussi M. Becker, Y. Wang, R. Cabeza, \u00ab Surprise!\u2014Clarifying the link between insight and prediction error \u00bb, <em>Psychonomic Bulletin &amp; Review<\/em>, 2024, DOI : 10.3758\/s13423-024-02517-0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[8] A. Constant, K. Friston, A. Clark, \u00ab Cultivating creativity: predictive brains and the enlightened room problem \u00bb, <em>Philosophical Transactions of the Royal Society B<\/em>, 2024. DOI : 10.1098\/rstb.2022.0415.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[9] C. Chen et al., \u00ab Dynamic switching between brain networks predicts creative ability \u00bb, <em>Communications Biology<\/em>, 2025, DOI : 10.1038\/s42003-025-07470-9 ; et \u00ab Mind wandering during creative incubation predicts increases in creative performance in a writing task \u00bb, <em>Scientific Reports<\/em>, 2025, DOI : 10.1038\/s41598-025-09736-y.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[10] \u00ab Brain plasticity in response to artistic and non-artistic training aimed at promoting creativity \u00bb, <em>Frontiers in Human Neuroscience<\/em>, 2026. DOI : 10.3389\/fnhum.2026.1632331.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[11] M. Assran et al., \u00ab V-JEPA 2: Self-Supervised Video Models Enable Understanding, Prediction and Planning \u00bb, Meta AI, arXiv:2506.09985, 2025.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[12] R. Balestriero, Y. LeCun, \u00ab LeJEPA: Provable and Scalable Self-Supervised Learning Without the Heuristics \u00bb, arXiv:2511.08544, 2025.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[13] D. Klindt, Y. LeCun, R. Balestriero, \u00ab When Does LeJEPA Learn a World Model? \u00bb, pr\u00e9print arXiv, mai 2026. R\u00e9sultat tr\u00e8s r\u00e9cent, \u00e0 confirmer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[14] M. Yu et al., \u00ab The Stochastic Parrot on LLM&rsquo;s Shoulder: A Summative Assessment of Physical Concept Understanding \u00bb, <em>NAACL 2025<\/em>. DOI : 10.18653\/v1\/2025.naacl-long.569. Argument philosophique de r\u00e9f\u00e9rence : J. Searle, \u00ab Minds, Brains, and Programs \u00bb, <em>Behavioral and Brain Sciences<\/em>, 1980.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[15] E. M. Bender, A. Hanna, <em>The AI Con<\/em>, Harper \/ The Bodley Head, 2025 ; et E. M. Bender, T. Gebru, A. McMillan-Major, M. Mitchell, \u00ab On the Dangers of Stochastic Parrots \u00bb, <em>FAccT &rsquo;21<\/em>, 2021, DOI : 10.1145\/3442188.3445922.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[16] H. Lederman, K. Mahowald, \u00ab Are Language Models More Like Libraries or Like Librarians? Bibliotechnism, the Novel Reference Problem, and the Attitudes of LLMs \u00bb, <em>Transactions of the ACL<\/em>, vol. 12, p. 1087-1103, 2024. DOI : 10.1162\/tacl_a_00690.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[17] P. Beckmann, M. Queloz, \u00ab Mechanistic indicators of understanding in large language models \u00bb, <em>Philosophical Studies<\/em>, vol. 183, n\u00b0 6, p. 1747-1792, 2026. DOI : 10.1007\/s11098-026-02513-1.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[18] D. C. Mollo, R. Milli\u00e8re, \u00ab The Vector Grounding Problem \u00bb, <em>Philosophy and the Mind Sciences<\/em>, vol. 7, n\u00b0 1, 2026. DOI : 10.33735\/phimisci.2026.12307.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[19] N. Kosmyna et al., \u00ab Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using an AI Assistant for Essay Writing Task \u00bb, pr\u00e9print, arXiv:2506.08872, 2025. Commentaire critique : arXiv:2601.00856, 2026. R\u00e9sultats \u00e0 interpr\u00e9ter avec prudence (pr\u00e9print, \u00e9chantillon r\u00e9duit).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[20] Y. Fan et al., \u00ab Beware of metacognitive laziness: Effects of generative artificial intelligence on learning motivation, processes, and performance \u00bb, <em>British Journal of Educational Technology<\/em>, vol. 56, p. 489-530, 2024. DOI : 10.1111\/bjet.13544.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[21] M. Gerlich, \u00ab AI Tools in Society: Impacts on Cognitive Offloading and the Future of Critical Thinking \u00bb, <em>Societies<\/em>, vol. 15, n\u00b0 1, art. 6, 2025. DOI : 10.3390\/soc15010006.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[22] H.-P. Lee et al., \u00ab The Impact of Generative AI on Critical Thinking: Self-Reported Reductions in Cognitive Effort and Confidence Effects From a Survey of Knowledge Workers \u00bb, <em>CHI &rsquo;25<\/em>, 2025. DOI : 10.1145\/3706598.3713778.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[23] T. Klein, \u00ab The extended hollowed mind: why foundational knowledge is indispensable in the age of AI \u00bb, <em>Frontiers in Artificial Intelligence<\/em>, 2025. DOI : 10.3389\/frai.2025.1719019.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[24] A. Clark, \u00ab Extending Minds with Generative AI \u00bb, <em>Nature Communications<\/em>, vol. 16, art. 4627, 2025. DOI : 10.1038\/s41467-025-59906-9. Source originale de la th\u00e8se : A. Clark, D. Chalmers, \u00ab The Extended Mind \u00bb, <em>Analysis<\/em>, 1998.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[25] J. Hern\u00e1ndez-Orallo, \u00ab Enhancement and assessment in the AI age: An extended mind perspective \u00bb, <em>Adaptive Behavior<\/em>, 2025. DOI : 10.1177\/18344909241309376.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[26] L. W. Barsalou, \u00ab Perceptual symbol systems \u00bb, <em>Behavioral and Brain Sciences<\/em>, vol. 22, n\u00b0 4, p. 577-660, 1999. (R\u00e9f\u00e9rence ajout\u00e9e pour compl\u00e9ter la citation au fil du texte.)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contenu vs connaissance IA, c&rsquo;est une question majeure. 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Cet article ne vise \u00e0 rien d&rsquo;autre que d&rsquo;ouvrir le d\u00e9bat et ne se pr\u00e9tend nullement \u00e0 la pointe scientifiquement parlant, juste un point de vue sur ce sujet que je trouve passionnant.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":880,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,3],"tags":[180,179,49],"class_list":["post-879","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-education","category-ia-ai","tag-connaissance","tag-contenu","tag-ia"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/879","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=879"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/879\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":885,"href":"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/879\/revisions\/885"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/wp-json\/wp\/v2\/media\/880"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=879"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=879"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/alain.goudey.eu\/side\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=879"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}