souveraineté, IA et Europe

IA, souveraineté et géoéconomie : ce que la conférence IRIS / NEOMA révèle sur la bataille mondiale

L’intelligence artificielle n’est plus une promesse. C’est une réalité qui redistribue depuis trois ans les cartes économiques, sociales et géopolitiques. Le 2 avril dernier, sur le campus parisien de NEOMA Business School, l’IRIS et nous avons réuni décideurs, chercheurs et industriels pour la troisième édition des Rencontres géoéconomiques et géopolitiques, consacrée cette année à l’IA. Retour détaillé sur les débats, les signaux faibles et les questions à se poser. Soyons positifs, il y a en fait énormément de belles opportunités pour l’Europe, les jeunes, les entreprises que nous accompagnons !

L’IA vue depuis le terrain commercial

Le président du mouvement E.Leclerc (de NEOMA Business School et de l’IRIS), Michel-Edouard Leclerc ouvre la journée avec un pragmatisme revendiqué. L’IA n’est plus un sujet de prospective. Elle s’invite déjà dans les linéaires, la logistique, la relation client et le marketing. Le groupe a formé plus de 1 500 cadres. Il investit massivement, sans certitude complète à date, sur la rentabilité à court terme. Ce courage entrepreneurial mérite d’être souligné, car c’est bien la meilleure logique à avoir sur ce sujet : le test & learn… autrement dit, accepter l’exploration sans pour autant avoir la certitude du potentiel de passage à l’échelle de ce type de technologie. Cela permet de créer une vrai vision stratégique de l’IA dans un grand groupe comme E.Leclerc.

Le vrai sujet n’est pas l’intelligence, c’est son accès

La formule est frappante. L’enjeu n’est pas l’amélioration de l’intelligence. C’est l’accès équitable à cette intelligence améliorée. Pour un distributeur qui touche des millions de foyers, la question n’est pas théorique. Elle est sociale. Elle est politique. Elle touche au contrat démocratique. Comment faire de cette technologie un outil d’inclusion ?

Qui capte la valeur créée par l’IA ?

MEL pose les bonnes questions sans détour. Comment défendre les droits d’auteur ? Comment partager la valeur créée ? Comment éviter que la désintermédiation ne capture les marges des acteurs historiques, mettant à mal un écosystème global régulé et qui a fait ses preuves ? Les réponses juridiques existent à peine. Les batailles judiciaires ne font que commencer.

La question qui doit travailler tous les décideurs

Un distributeur (ou un industriel) peut-il encore parler directement à ses clients quand une IA s’intercale entre eux ? La désintermédiation change de nature. Elle ne se joue plus sur le web ouvert. Elle se joue dans des interfaces conversationnelles fermées, contrôlées par quelques acteurs mondiaux.

Une rupture comparable à l’électricité

Gilles Babinet a pris la suite de MEL pour sa keynote. Le Digital Champion France replace l’IA dans une perspective historique. La technologie existe depuis des décennies. Les hivers de l’IA se sont succédé. Mais l’arrivée des transformers en 2017 a tout accéléré. L’IA bascule alors d’outil économique à enjeu de puissance politique. C’est une analyse intéressante des trois plans IA de ces trois zones du monde que Gilles à opérer.

la souveraineté IA en Europe, une affaire de divergence ?

Le pacte faustien américain

Gilles est sévère et juste. Les États-Unis refusent la régulation par conviction stratégique. Leur pari est simple. Celui qui contrôlera une IA exponentielle dominera le monde. C’est un pari faustien. Il ignore les risques systémiques avérés : désinformation massive, cyberattaques, manipulation cognitive, polarisation sociale. Ces risques ne sont plus hypothétiques. Ils sont documentés… et on en voit déjà le rayon d’action dans notre quotidien.

La stratégie chinoise, méthodique et patiente

La Chine joue une autre partition. Elle mise sur une chaîne de valeur intégrée. Terres rares extraites et raffinées. Brevets IA désormais plus nombreux qu’aux États-Unis. Semi-conducteurs Huawei qui montent en gamme (notamment suite à l’interdiction de l’administration américaine de vendre des puces Nvidia en Chine). Modèles ouverts et frugaux façon DeepSeek, taillés pour les contraintes matérielles et parfaitement adaptés au Sud global. Le rattrapage est réel, les modèles chinois sont très performants. L’approche est à ce stade largement sous-estimée.

La voie européenne existe encore : la divergence

Gilles refuse le fatalisme ambiant. L’Europe a pris du retard. Elle peut encore le combler. La régulation n’est pas un handicap. Elle peut devenir un avantage compétitif fondé sur la confiance, la sécurité et la traçabilité. C’est une vision divergente (et innovante) à laquelle Gilles nous a invitée. Le règlement IA européen en est la pierre angulaire. Reste à ne pas perdre confiance en notre propre modèle, à nous faire confiance, à nous entraider et à faire union. C’est peut-être là notre vrai défi à mon sens !

Souveraineté, compétitivité, productivité de l’IA dans les entreprises

En tant que DGA Digital à NEOMA, j’ai eu le privilège de participer à cette table ronde animée par Delphine Manceau (Directrice Générale de NEOMA et Présidente de la Conférence des Grandes Ecoles), aux côtés de Claire Mathieu (Head of Data & AI à Suez) et Laurent Boyer (co-fondateur d’AlloIA). Permettez-moi maintenant d’y revenir avec un peu de recul et d’assumer les positions que j’y ai défendues.

performance économique, IA et entreprises au service de la souveraineté IA en europe ?

Une nouvelle grammaire de la performance économique

L’IA est une nouvelle grammaire de la performance économique. C’est la formule que j’ai choisie pour ouvrir mon propos. Elle ne se contente pas de traduire l’existant. Elle réécrit les règles. Elle redéfinit les métiers, les processus, les modèles d’affaires et, aussi (et surtout), les parcours pédagogiques. Les dirigeants qui cherchent à simplement adapter leur organisation à l’IA passent à côté de l’essentiel. Il faut transformer autour de l’IA, pas s’y adapter à la marge.

L’IA est une nouvelle grammaire de la performance économique. Il faut transformer autour de l’IA, pas s’y adapter à la marge. (Alain Goudey)

Choisir ses dépendances plutôt que les subir

La souveraineté n’est pas l’autarcie. C’est la capacité de choisir ses dépendances et de maîtriser son cahier des charges. Cette nuance est essentielle et je l’ai martelée durant l’échange. Elle impose d’abandonner le réflexe binaire qui oppose indépendance totale et soumission aveugle. La réalité industrielle est faite de dépendances multiples. L’intelligence consiste à les hiérarchiser, à les documenter, à les rendre réversibles quand c’est possible, à chaque fois que c’est possible.

Développer une souveraineté de pensée

J’ai insisté sur un point qui me tient à cœur et qui rejoint complètement l’appel de Gilles. L’Europe doit développer une souveraineté de pensée avant de parler de souveraineté technologique. Nous avons les talents. Nous avons les pépites, à l’image de Mistral. Nous avons les laboratoires et les écoles.

L’Europe doit développer une souveraineté de pensée avant de parler de souveraineté technologique. (Alain Goudey)

Ce qui nous manque parfois, c’est la confiance en notre capacité à définir un modèle propre, ni américain, ni chinois. Le mimétisme stratégique est notre pire ennemi.

La stratégie de portefeuille technologique

Autre point que j’ai défendu avec conviction. Aucune organisation sérieuse ne peut se permettre de dépendre d’un seul fournisseur d’IA à ce stade. Il faut adopter une stratégie de portefeuille, diversifier les modèles, tester les alternatives, préserver des options. La résilience passe par la pluralité maîtrisée, pas par le pari unique.

Les directions générales doivent intégrer cette logique dans leurs arbitrages technologiques dès maintenant. C’est d’autant plus important à mon sens que les technologies / les modèles ne sont pas matures et continuent d’évoluer à très grande vitesse.

Un milliard de personnes à former

Le chiffre vertige. Un milliard de personnes devront mettre à jour leurs compétences dans la décennie qui vient. C’est un chantier pédagogique comparable aux grandes vagues d’alphabétisation du XIXe siècle.

Les Business Schools doivent former des décideurs capables de comprendre, de questionner et d’orienter ces technologies. Pas seulement de les consommer.

Les écoles de management ont une responsabilité particulière. Elles doivent former des décideurs capables de comprendre, de questionner et d’orienter ces technologies. Pas seulement de les consommer. C’est en tout cas la philosophie que nous avons adopté dès 2020 sur le sujet de l’intelligence artificielle (oui, oui, on a démarré avant la vague ChatGPT dans un cours intitulé Digital Literacy for Disruptive Innovation).

La souveraineté architecturale pour un GEO efficace

Laurent Boyer, co-fondateur d’AlloIA, a introduit un concept que je trouve précieux. La souveraineté ne réside plus dans la possession des données. Elle réside dans le contrôle des machines qui les interprètent. Appelons cela la souveraineté architecturale. Le passeport juridique de l’entreprise fournisseuse compte moins que la conception ouverte, contrôlable et auditable de la technologie elle-même.

Un modèle hébergé en Europe mais conçu comme une boîte noire offre une illusion de souveraineté. Un modèle open source, entraîné ailleurs mais documenté, auditable et déployable sur infrastructure maîtrisée offre davantage de marges de manœuvre réelles. La géographie des serveurs est un écran. L’architecture est la substance.

C’est d’ailleurs la mission de son entreprise franco-canadienne AlloIA : fournir une architecture maîtrisée maximisant la compréhension du catalogue de vente (en ligne) du distributeur par les modèles IA. Se faisant, ils arrivent même à réduire la consommation de token de 80% !

La valeur se déplace avant le clic

Laurent Boyer a également formulé une observation clé. La visibilité des organisations ne se joue plus après le clic. Elle se joue avant. Les IA génératives formulent des réponses, orientent les décisions, sélectionnent les options. Les entreprises ne doivent plus seulement être visibles sur Google. Elles doivent devenir lisibles, crédibles et sélectionnables pour les moteurs de réponse. C’est une bascule culturelle majeure pour les directions marketing et communication.

Les entreprises ne doivent plus seulement être visibles sur Google. Elles doivent devenir lisibles, crédibles et sélectionnables pour les moteurs de réponse. (Laurent Boyer, AlloIA)

Détail contre-intuitif qu’il a partagé avec l’auditoire. Structurer proprement ses données pour les rendre exploitables par les IA permet de réduire jusqu’à 80 % leur consommation énergétique sur certains cas d’usage.

Rare convergence entre performance économique, sobriété environnementale et souveraineté technique.

L’IA dans l’industrie traditionnelle : l’exemple Suez

Claire Mathieu, directrice Data et IA chez Suez, a ramené le débat sur terre avec des exemples concrets issus du déploiement exceptionnel qu’a réalisé l’entreprise depuis 2023. L’IA sert déjà à anticiper la raréfaction de la ressource en eau, à piloter la maintenance prédictive des réseaux et à optimiser la consommation énergétique des usines. Dans son secteur, le bilan environnemental est positif. Les gains d’optimisation dépassent largement la consommation propre des modèles ! C’est une bonne nouvelle qui doit permettre là aussi de relativiser fortement les discours environnementalement défaitiste autour de cette technologie. Même si, la vigilance reste de mise et la nécessité de former à un usage pertinent demeure majeure.

L’esprit critique est la compétence reine de la décennie qui s’ouvre. (Claire Mathieu, Suez)

La confiance reste le nerf de la guerre. Elle s’obtient en impliquant les experts métier dès la conception. Elle se maintient par une supervision humaine constante sur les décisions critiques. Claire Mathieu insiste sur un point que je partage pleinement : l’esprit critique est la compétence reine de la décennie qui s’ouvre.

Le paradoxe de productivité qui résiste

Nous avons partagé un constat commun au sein de cette table ronde. Les gains de productivité individuels sont réels et mesurables. Ils ne se traduisent pas encore en gains organisationnels visibles. Le temps gagné par un collaborateur ne devient pas mécaniquement efficacité collective.

La transformation des processus reste largement à faire. C’est là que se joue le vrai travail de management des prochaines années. Et c’est là que tous les acteurs de l’enseignement supérieur ont un rôle à jouer !

Géopolitique, infrastructures et bulle éventuelle

Cette seconde table ronde s’ouvre avec des chiffres frappants. La croissance américaine est dopée par l’IA. Les valorisations des Big Tech portent une part disproportionnée des indices boursiers. Une correction brutale aurait des effets macroéconomiques majeurs. Le risque systémique ne se limite plus à la finance. Il s’étend à la technologie.

Une chaîne de valeur chinoise désormais complète

La Chine avance avec méthode. Elle dépose plus de brevets IA que les États-Unis. Huawei monte en gamme sur les semi-conducteurs malgré les restrictions à l’exportation. Les modèles ouverts et frugaux séduisent les pays émergents, qui y voient une alternative aux solutions américaines coûteuses et conditionnées. Le Sud global devient un terrain d’affrontement silencieux mais décisif. L’Afrique, en particulier, est un enjeu sous-estimé.

L’Europe entre régulation et investissement offensif

Le Vieux Continent change enfin de posture. Il passe d’arbitre régulateur à investisseur offensif. Invest IA annonce environ 200 milliards d’euros, dont 50 déjà sécurisés. C’est significatif. C’est aussi très inférieur aux montants américains, à l’image des 500 milliards de dollars du projet Stargate. La bataille ne se gagnera pas frontalement. Elle exige des trajectoires alternatives, ciblées, efficientes, moins capitalistiques. Il y avait, sans concertation des différents intervenants, un consensus fort sur la stratégie européenne !

Une possible bulle des infrastructures

Les intervenants ont aussi tiré la sonnette d’alarme avec des arguments solides. Les infrastructures se financent massivement par la dette et les fonds souverains du Golfe. Leur taux d’utilisation plafonne entre 20 et 30 % selon les estimations. La commande publique, notamment militaire, soutient une part croissante de la demande. Les banques se préparent discrètement à une consolidation du secteur.

Les conflits d’usage énergétiques explosent

Dublin sature. Londres freine ses autorisations. Marseille arbitre désormais entre nouveaux data centers et électrification des quais pour décarboner le transport maritime. Les usines de l’IA ne sont pas immatérielles. Elles consomment de l’électricité, de l’eau, de l’espace foncier. Leur implantation devient un choix de société, pas un simple sujet technique.

La France a récemment assoupli son cadre réglementaire via l’article 15 du projet de loi simplification, y compris en zones protégées. Le débat démocratique mérite mieux que des ajustements glissés dans des textes techniques.

Le travail invisible qui alimente l’IA

L’IA générative repose sur une chaîne humaine souvent sous-payée. Annotation, modération, étiquetage, évaluation. Une partie de ce travail est sous-traitée en Afrique francophone, avec des conséquences psychologiques lourdes pour les modérateurs exposés à des contenus toxiques.

Ajoutez la course aux terres rares en République démocratique du Congo. Le techno-impérialisme n’est pas un fantasme militant. C’est une configuration documentée, mesurable, critiquable.

La généalogie politico-militaire de l’IA américaine

Les intervenants ont aussi souligné que l’avance américaine résulte d’une alliance historique entre science, Pentagone et industrie, remontant à la cybernétique et à la défense aérienne. L’État américain finance, oriente et achète.

Le narratif libéral masque une réalité bien plus interventionniste. L’absence de souveraineté numérique européenne n’est pas une incapacité technique. C’est un choix politique, renouvelé année après année.

Pascal Boniface, Directeur de l’IRIS a enfin magnifiquement conclu l’événement en résumant les points clés pour éclairer les enjeux géoéconomiques et géopolitiques de l’IA.

Quels impacts concrets pour les décideurs ?

A mon avis, cet événement a mis en valeur cinq enseignements pour les dirigeants d’entreprise et les responsables académiques.

Repenser en profondeur la visibilité organisationnelle

Le SEO classique ne suffit plus. Il faut désormais optimiser ses contenus pour les moteurs de réponse génératifs. Structurer les données. Documenter les expertises. Rendre l’organisation lisible pour les machines sans sacrifier la qualité pour les humains. C’est un nouveau métier qui émerge, à mi-chemin entre communication, data engineering et ingénierie de la connaissance. Les écoles devront rapidement le théoriser et le transmettre.

Adopter une stratégie de portefeuille technologique

Dépendre d’un seul fournisseur d’IA est une erreur stratégique majeure. Les organisations avisées diversifient leurs modèles, testent les alternatives européennes, intègrent des solutions open source déployables en interne. La résilience passe par la pluralité des dépendances maîtrisées. La réversibilité doit devenir un critère contractuel non négociable.

Investir massivement et durablement dans la formation

La transformation des métiers est l’angle mort du débat public. Les gains de productivité n’apparaîtront qu’avec une refonte profonde des parcours pédagogiques. Les écoles et les entreprises doivent co-construire de nouveaux référentiels, en impliquant les partenaires sociaux. L’esprit critique redevient une compétence cardinale. La capacité à interroger une réponse générée est désormais plus précieuse que la capacité à la produire.

Intégrer la dimension énergétique et géopolitique dans toute stratégie IA

Le choix d’un modèle, d’un hébergeur ou d’une architecture n’est plus seulement un arbitrage coût/performance. C’est aussi un arbitrage énergétique, territorial et social. Les directions générales doivent se saisir de ce sujet avant que les régulateurs ne le fassent à leur place. Anticiper vaut mieux que subir.

Préserver un espace délibératif interne

Dernier point souvent négligé. L’adoption massive de l’IA dans les organisations ne peut pas se faire en catimini. Elle doit être discutée, négociée, documentée. Les salariés ont besoin de comprendre comment leurs outils évoluent, quelles données alimentent les modèles, quelles décisions restent humaines. La transparence n’est pas un luxe. C’est une condition de confiance.

Les questions qui restent ouvertes

Plusieurs interrogations n’ont pas trouvé de réponse définitive durant la conférence. Et c’est tant mieux. Le débat reste vivant.

Comment partager équitablement la valeur créée par l’IA entre ceux qui la conçoivent, ceux qui l’alimentent en données et ceux qui la subissent ? Comment protéger les droits d’auteur sans freiner l’innovation ? Comment garantir une gouvernance démocratique des infrastructures stratégiques quand les décisions se prennent dans des conseils d’administration (parfois peu documentés sur le sujet) ? Comment éviter la capture réglementaire par les acteurs dominants ? Comment accompagner les transitions professionnelles qui s’annoncent, y compris pour les professions intellectuelles longtemps considérées comme protégées ?

Les décideurs européens ont une fenêtre d’action étroite. Elle ne restera pas ouverte éternellement car l’ensemble bouge très rapidement. Les choix des dix-huit prochains mois engageront probablement la décennie européenne.

Lucidité IA plutôt que résignation

La conférence IRIS & NEOMA sur l’IA laisse un message clair et utile. L’IA n’est ni miracle, ni catastrophe. C’est un amplificateur puissant. Elle renforcera les organisations préparées. Elle « punira » les autres sans état d’âme.

L’Europe a ses atouts : talents reconnus, recherche fondamentale solide, cadre éthique exigeant, capacité de régulation démontrée. Il lui manque parfois la confiance en son propre modèle. C’est peut-être le chantier le plus urgent et le moins budgété.

Adopter l’IA sans peur, mais avec vigilance. Encadrer sans étouffer. Investir sans copier aveuglément. Former sans relâche. La voie est étroite. Elle existe. À nous de l’emprunter avec méthode, et rapidement ! Soyons optimistes, il y a un immense champ d’opportunités pour les jeunes générations que nous formons et pour l’ensemble de l’Europe.


FAQ : souveraineté IA Europe

Qu’est-ce que la souveraineté IA en Europe ? La souveraineté IA en Europe désigne la capacité du continent à maîtriser les architectures technologiques, les données stratégiques et les choix de dépendance vis-à-vis des fournisseurs d’intelligence artificielle. Elle ne signifie pas l’autarcie mais le contrôle du cahier des charges et la réversibilité des engagements.

Qu’est-ce que la souveraineté architecturale ? C’est le concept selon lequel la valeur et le contrôle ne résident plus dans la localisation des données mais dans la maîtrise des machines qui les interprètent. Une IA ouverte, auditable et déployable en interne offre davantage de souveraineté qu’une boîte noire hébergée localement.

L’IA Act européen est-il un frein à la compétitivité ? Non, à condition d’être bien utilisé. Il peut devenir un avantage compétitif fondé sur la confiance, la traçabilité et la sécurité. La régulation européenne construit un modèle alternatif crédible face aux approches américaine et chinoise.

Quels sont les risques d’une bulle des data centers IA ? Sous-utilisation des capacités installées, financement par dette, dépendance à la commande publique, conflits d’usage énergétiques dans les grandes métropoles. Une consolidation bancaire du secteur n’est pas à exclure à moyen terme.

Comment une entreprise doit-elle se préparer à l’IA générative ? En adoptant une stratégie de portefeuille technologique, en structurant ses données pour les moteurs de réponse, en formant massivement ses collaborateurs et en intégrant la dimension énergétique dans ses arbitrages. L’esprit critique reste la compétence la plus précieuse.

Pourquoi parle-t-on de déplacement de la valeur avant le clic ? Parce que les IA génératives formulent désormais les réponses à la place des moteurs de recherche traditionnels. La visibilité d’une organisation dépend de sa capacité à être sélectionnée et citée par ces modèles, bien avant qu’un utilisateur ne clique sur un lien.

Alain Goudey

Imaginer l'Ecole du futur à NEOMA, créer l'identité sonore des marques avec Atoomedia & Mediavea, conseiller sur la transformation numérique avec Sociacom | Expert en éducation, technologies disruptives, IA & design sonore.

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