Cette semaine 07 confirme l’accélération continue de l’IA (qui dure maintenant depuis 3 ans !). Cette semaine l’IA est tout à la fois un actif spéculatif majeur, une infrastructure saturée par la demande, un moteur de productivité ambigu, un facteur de tensions sociales et un aimant à capitaux souverains. Derrière les annonces, un même fil conducteur : la structuration d’un nouveau monde, sous nos yeux. Et je le décrypte un peu chaque semaine pour vous.
Crypto.com mise 70 millions de dollars sur AI.com : le branding comme arme stratégique
Le fondateur de Crypto.com, Kris Marszalek, a acquis le nom de domaine AI.com pour 70 millions de dollars, réglés en cryptomonnaies. Il s’agit du prix le plus élevé jamais payé pour un nom de domaine.
À titre de comparaison, CarInsurance.com avait été cédé pour 49,7 millions de dollars en 2010. Voice.com pour 30 millions. AI.com pulvérise les références.
Le timing est stratégique. Le lancement d’une plateforme d’agent IA personnel devait coïncider avec le Super Bowl. Audience maximale. Visibilité planétaire. Le projet viserait l’intégration de messagerie, d’applications et même de trading.
L’opération dépasse la simple spéculation numérique. Marszalek détient déjà Crypto.com et a investi 700 millions de dollars dans des droits de naming de stade. Il accumule des actifs symboliques de catégorie.
Le nom devient un levier stratégique. Dans un univers saturé, l’adresse la plus évidente capte la confiance. Mais l’histoire rappelle une règle simple : un actif premium ne garantit rien. Sans produit solide, la valeur se dissipe. Le branding attire. L’exécution décide.
OpenClaw : la ruée vers les agents IA sans code
La plateforme MyClaw.ai, lancée le 9 février, a été submergée dès ses premières heures. Plus de 10 000 utilisateurs ont rejoint une liste d’attente payante en quelques jours. Beaucoup sans profil technique.
Nous ne sommes plus dans un cercle d’ingénieurs. Nous sommes face à des opérateurs, des indépendants, des créateurs qui veulent des agents persistants sans toucher à une ligne de commande.
Les serveurs ont cédé sous la demande. L’accès a été rétabli, mais le signal est clair : la friction d’entrée chute.
Lorsque l’infrastructure sature sous une demande « no-code », le marché bascule. L’agent IA sort du laboratoire. Il devient outil métier. Pour les entreprises, l’enjeu n’est plus la preuve de concept. Il est l’orchestration, la fiabilité et l’intégration aux processus existants. Mon analyse c’est que peu d’organisations sont prêtes pour la vague agentique qui se prépare.
Harvard : l’IA intensifie le travail au lieu de le réduire
Une étude menée par Harvard University sur huit mois auprès d’environ 200 employés d’une entreprise technologique américaine aboutit à un constat contre-intuitif : l’IA augmente la charge de travail.
Les employés n’étaient pas obligés d’utiliser les outils. Ils les ont adoptés volontairement. Résultat :
- Des tâches auparavant réservées aux experts deviennent accessibles à tous.
- La friction diminue, les frontières entre vie professionnelle et personnelle se brouillent.
- Le multitâche s’intensifie grâce à l’IA « partenaire ».
Les tâches sont réalisées plus vite. Mais le volume augmente. Les horaires s’étendent.
L’IA n’élimine pas mécaniquement du travail. Elle élargit le champ des possibles. Sans redéfinition claire des priorités, la productivité devient une injonction silencieuse à produire davantage. Pour les directions, la question n’est plus seulement technique. Elle est managériale. Comment empêcher que l’outil d’efficacité ne devienne accélérateur d’épuisement ?
Croissance sans emploi : l’alerte venue de Chine
Citigroup estime que l’économie IA chinoise compense aujourd’hui le ralentissement immobilier au niveau macroéconomique. Mais elle ne génère pas d’emplois proportionnels.
31 % de la main-d’œuvre, soit environ 157 millions de postes, pourraient être affectés. Environ 70 millions seraient exposés à un risque direct de remplacement.
Production en hausse. Emploi stagnant. Aux États-Unis, Amazon a supprimé près de 30 000 postes ces dernières années, dans la tech comme dans la logistique.
L’IA accélère l’output plus vite que la demande de travail. Nous entrons dans une phase de « croissance sans emploi ».
Si 20 à 30 % des rôles sont redéfinis à l’échelle mondiale, les conséquences dépassent l’entreprise : consommation, stabilité sociale, confiance économique. Pour les dirigeants, l’enjeu est clair : automatiser sans penser aux équilibres humains fragilise l’environnement dans lequel l’entreprise opère.
MiniMax M2.5 : la bataille se déplace sur le coût et la vitesse
MiniMax a lancé son modèle M2.5 et déclenché une vague immédiate de réactions sur X. Les captures de benchmarks ont circulé en quelques minutes.
Les chiffres avancés sont hallucinants et c’est à tester… l’IA continue de tendre vers 0 en termes de coût, avec tout ce que ça implique sur la structuration des activités économiques :
- 80,2 % sur SWE Bench Verified
- Exécution annoncée 37 % plus rapide
- Coût proche d’un dollar par heure à 100 tps
Au-delà des performances, c’est l’équation économique qui retient l’attention.
Si ces données se confirment en production, les agents IA longue durée deviennent accessibles aux startups et aux PME.
La compétition se déplace. Le modèle n’est plus l’unique différenciateur. L’orchestration, l’écosystème développeur et la distribution prennent le dessus.
Anthropic lève 30 milliards : l’IA comme infrastructure souveraine
Anthropic annonce une levée de 30 milliards de dollars en série G, portant sa valorisation à 380 milliards. Plus du double de sa valorisation précédente.
Parmi les investisseurs figurent des fonds souverains et de grands acteurs du capital-investissement. La confiance est internationale. Les montants sont historiques.
Anthropic se positionne face à OpenAI dans une course mondiale à la puissance de calcul, aux talents et à la distribution.
Ces levées créent des barrières à l’entrée considérables. Le marché se concentre autour de quelques plateformes dotées de moyens colossaux.
Les entreprises utilisatrices devront arbitrer entre dépendance technologique et diversification des fournisseurs. L’IA n’est plus une innovation émergente. Elle devient infrastructure stratégique comparable au cloud il y a quinze ans. C’est pour ça que les gros acteurs continuent d’investir massivement, pour détenir cette infrastructure sur la durée.
Conclusion : ça ne ralentit pas du tout !
Cette semaine l’IA est à la fois :
- Un actif symbolique et stratégique.
- Une infrastructure saturée par la demande.
- Un amplificateur de productivité ambivalent.
- Un facteur de recomposition du marché du travail.
- Un terrain de guerre économique sur les coûts.
- Un aimant à capitaux souverains.
Pour les décideurs, l’enjeu n’est plus d’observer. Il est d’arbitrer. Investir, oui. Accélérer, sans doute. Mais gouverner, impérativement, en maîtrisant ce dont on parle ! Cela n’a jamais été aussi difficile sur le sujet de la transformation digitale (àl l’ère de l’IA) dans les organisations.
FAQ
L’IA détruit-elle plus d’emplois qu’elle n’en crée ?
Les données suggèrent une reconfiguration massive des rôles. La productivité augmente plus vite que la demande de travail dans certains secteurs.
Pourquoi AI.com vaut-il 70 millions de dollars ?
Parce qu’il incarne la catégorie elle-même. Dans une économie d’attention, la simplicité et la mémorisation immédiate sont des actifs stratégiques.
Les agents IA sont-ils prêts pour un usage massif ?
La demande explose. L’infrastructure et la gouvernance doivent encore suivre.
La levée d’Anthropic annonce-t-elle une concentration du marché ?
Oui. Les montants investis renforcent la domination de quelques acteurs capables de financer calcul, recherche et distribution à grande échelle.
Les modèles comme MiniMax menacent-ils les leaders ?
Ils redéfinissent la compétition sur les coûts et la performance. Mais la bataille se jouera aussi sur l’écosystème et la capacité d’intégration.