En 2025, la certification Pix a été obtenue par 98,75 % des participants recensés dans les collèges et lycées du fichier de certification. Ce taux quasi parfait ressemble à une réussite. Il ne dit presque rien du niveau réel de compétences numériques…
J’ai repris les scores certifiés de 10 613 établissements, soit plus de 1,5 million de certifiés comptabilisés, pour regarder ce que la moyenne nationale recouvre. Le verdict : obtenir la certification et maîtriser le numérique sont deux informations distinctes, et la seconde reste très inégalement distribuée.
Voici ce que montrent les distributions de scores, catégorie par catégorie, secteur par secteur, territoire par territoire, et surtout ce que ces fichiers ne permettent pas de conclure (Résultats par palier des parcours de rentrée et sessions et certifications Pix par établissement, sur data.education.gouv.fr. 10 889 établissements.) Retrouvez tout sur mon outil Carto PIX.
Au sommaire
Ce que PIX certifie, et ce que le score n’est pas
Pix est un service public d’évaluation, de développement et de certification des compétences numériques. Il ne mesure pas seulement la capacité à ouvrir une application : son référentiel couvre 16 compétences réparties en cinq domaines (information et données, communication et collaboration, création de contenu, protection et sécurité, environnement numérique), en s’appuyant sur le cadre européen DigComp et le cadre national de référence CRCN. On y trouve la recherche critique d’information, le traitement de données, la production de contenus, la collaboration et la sécurité.
Depuis le 4 novembre 2024, la certification repose sur une épreuve adaptative de 32 questions couvrant les 16 compétences, en 1h45 et en conditions d’examen. La difficulté s’ajuste aux réponses pour situer le niveau. Le résultat est un score global certifié, exprimé en points Pix, accompagné d’un niveau estimé pour chacune des 16 compétences.
Ce point est décisif pour lire la suite : le score certifié n’est ni un pourcentage de bonnes réponses, ni une note sur 20. C’est un positionnement sur une échelle de maîtrise. La grille officielle situe « Novice 2 » de 128 à 255 points, « Indépendant 1 » de 256 à 383, « Indépendant 2 » de 384 à 511, les niveaux avancés démarrant à 512 (le maximum effectivement délivré est de 895 points). Deux repères me servent de boussole dans cet article : 256 points, seuil d’entrée dans l’autonomie courante, et 384 points, seuil d’une aisance plus étendue. Ce ne sont pas des seuils d’échec ni d’illectronisme, mais des jalons de lecture.
PIX à 98,75 % de certifiés : l’obtention n’est pas le niveau
Le fichier 2025 couvre 10 613 établissements, dont 10 612 disposent d’un score moyen, d’une médiane et de deux quartiles, pour 1 577 120 participants et 1 557 354 certifiés. Le périmètre est celui des collèges et lycées publics et privés sous contrat, hors établissements agricoles et hors lycées français à l’étranger. Autrement dit, ces chiffres décrivent les populations certifiées présentes dans l’extraction, pas l’ensemble des jeunes scolarisés.
Le taux de certifiés rapporté aux participants atteint 98,75 %. Dans 7 551 établissements, soit 71,15 % du fichier, on compte exactement autant de certifiés que de participants. Et pourtant, leurs niveaux n’ont rien de commun : un collège du fichier affiche 45 participants, 45 certifiés, et une moyenne de 102,22 points, soit un centre de gravité en plein « Novice 1 ».
La leçon est simple et souvent oubliée : obtenir la certification et atteindre un niveau d’autonomie sont deux choses différentes. Un taux de 100 % ne dit pas que les élèves sont autonomes ; il dit qu’ils sont allés au bout de l’épreuve. Pour diagnostiquer la culture numérique, ce sont les scores et leur dispersion qui informent, pas le taux d’obtention.
Sur l’ensemble des établissements, la moyenne pondérée par le nombre de certifiés s’établit à 287,23 points, dans la tranche « Indépendant 1 ». La moyenne simple des moyennes d’établissement, elle, tombe à 265,72 points. L’écart entre les deux n’est pas un détail technique : il rappelle qu’un gros établissement pèse davantage qu’un petit, et qu’une moyenne nationale agrège des situations très différentes.
Au collège et en lycée pro, des compétences numériques sous le seuil d’autonomie
Les 6 909 collèges dotés de statistiques totalisent 726 686 certifiés comptabilisés, pour une moyenne pondérée de 244,53 points, juste sous le repère de 256. Les 768 lycées identifiés comme professionnels (90 207 certifiés) sont au même endroit, à 245,58 points.
Le plus parlant n’est pas la moyenne, c’est la médiane des établissements. Parmi les 6 570 collèges d’au moins 30 certifiés, 4 961 (75,51 %) ont une médiane inférieure à 256 points ; dans 1 150 d’entre eux (17,50 %), c’est même le troisième quartile qui passe sous ce seuil. En lycée professionnel, sur 726 établissements comparables, 506 (69,70 %) ont une médiane sous 256 points.
Ici, une précaution méthodologique change tout, et c’est le principal piège de ce genre de données. Il ne faut surtout pas écrire que « 75,51 % des collégiens sont sous 256 points ». Ce pourcentage porte sur les établissements, chacun compté une fois, pas sur les élèves. La proportion réelle d’élèves concernés exigerait des données individuelles, absentes du fichier. Ce que je peux affirmer, exactement, c’est que dans une large majorité des collèges observés, le centre de la distribution reste toutefois sous le seuil de l’autonomie courante : particulièrement gênant quand on voit la distribution massive d’ordinateurs portables faite par les départements !
Distribuer un ordinateur portable N’EST PAS assurer le développement d’une culture numérique. Aujourd’hui, le constat de cette analyse des scores PIX, c’est que la culture numérique en France est globalement faible, et très inégalement répartie !
Dernier point sur cette catégorie : la dispersion n’est pas qu’entre établissements, elle est aussi à l’intérieur. L’écart interquartile médian atteint 89,5 points au collège et 106 points en lycée professionnel. Dans l’établissement médian, la moitié centrale des élèves s’étale donc sur près de 90 à 100 points de score. Une moyenne d’apparence homogène recouvre des profils de maîtrise très différents.
Au lycée, plusieurs configurations plutôt qu’un niveau unique
Le lycée ne forme pas un bloc. Les 369 lycées explicitement « polyvalents » (108 068 certifiés) affichent 314,55 points de moyenne pondérée ; la catégorie des 2 085 « autres lycées » (548 904 certifiés), dont le nom ne précise ni « professionnel » ni « polyvalent », monte à 343,16 points. Dans cette dernière, parmi 2 019 établissements comparables, seuls 116 (5,75 %) ont une médiane sous 256, mais 1 802 (89,25 %) restent sous 384 : le centre des scores est nettement plus haut qu’au collège, sans pour autant franchir majoritairement le seuil de l’aisance étendue.
Deux réserves accompagnent ces chiffres. D’abord, une moyenne de lycée polyvalent agrège des voies et des publics différents (générale, technologique, professionnelle), et le fichier ne permet pas de les séparer. Ensuite, les scores ne sont pas ventilés par classe ou par formation : un résultat d’établissement peut réunir plusieurs populations, y compris des formations post-bac rattachées, et ne se lit donc pas comme le score des seuls élèves de terminale. La proximité des moyennes entre lycées professionnels et collèges, enfin, ne signifie pas que ces lycéens « auraient le niveau des collégiens » : deux moyennes voisines ne mesurent ni un parcours, ni une progression.
Secteur et territoire : des écarts nets, des causes absentes du fichier
À catégorie comparable, le privé sous contrat devance le public. Dans les collèges, la moyenne pondérée est de 273,05 points dans le privé (1 609 établissements) contre 236,37 dans le public (5 300), soit 36,68 points d’écart. L’ordre se retrouve en lycée professionnel (259,87 contre 240,07), en lycée polyvalent (326,51 contre 310,91) et dans les autres lycées (367,47 contre 336,91). L’écart n’est donc pas un simple artefact du mélange collèges et lycées.
Côté territoires, et en s’en tenant aux seuls collèges pour limiter les effets de composition, les moyennes vont de 272,91 points à Paris à 233,92 à Créteil pour la métropole, avec Toulouse, Nantes, Rennes, Lyon et Versailles entre les deux. Les situations ultramarines sont plus basses et contrastées : 219,63 à La Réunion, 198,71 en Polynésie française, 186,39 en Guyane et 149,49 à Mayotte. L’écart entre Paris et Mayotte atteint 123,42 points.
Deux avertissements, et ils comptent autant que les chiffres. Premièrement, ces écarts décrivent, ils n’expliquent pas : le fichier ne contient ni composition sociale, ni acquis antérieurs, ni modalités de recrutement, ni conditions de passation. Ils ne mesurent donc aucun « effet secteur » ni aucune valeur ajoutée pédagogique. Deuxièmement, l’académie n’est pas le bon niveau de lecture. En décomposant la variance des moyennes de collèges, la part entre académies ne représente que 15,12 % du total ; les 84,88 % restants se jouent à l’intérieur des académies. Le territoire donne un contexte ; il ne permet pas de deviner le niveau d’un établissement donné.
Ce que ces scores ne permettent pas de conclure
Quelques précautions dans les analyses sont à mentionner.
Les données publiques ne décrivent pas tous les élèves, seulement les certifiés présents dans l’extraction ; l’effectif total scolarisé n’étant pas fourni, on ne peut pas calculer un taux de couverture. Le comptage n’est pas non plus parfaitement dédoublonné : 256 établissements affichent plus de certifiés que d’inscrits distincts, d’où le terme prudent de « certifiés comptabilisés ». Et sans mesure de l’incertitude psychométrique, un écart de quelques points ne doit pas être lu comme une différence réelle de compétences.
Surtout, aucune évolution de 2024 à 2025 n’est calculable. Pour les 10 893 établissements du millésime 2024, les quatre statistiques de score sont manquantes, non renseignées, et pas égales à zéro. S’y ajoute le changement de dispositif de certification au 4 novembre 2024, qui imposerait de vérifier la comparabilité avant tout historique. 2025 est donc une photographie, pas une trajectoire. Les progrès parfois constatés sur les paliers des parcours de rentrée sont des évolutions de ces parcours, pas des variations de points certifiés. Il faudra voir comment se positionne 2026.
Enfin, le fichier ne donne pas les résultats par compétence. Impossible, donc, de savoir si un score plus faible tient à la recherche d’information, à la bureautique, à la protection des données ou à autre chose. Et impossible, à ce stade, de conclure quoi que ce soit sur la capacité à repérer une désinformation, sur les pratiques de cybersécurité ou sur la maîtrise de l’IA. Ce dernier point mérite d’être dit franchement : au moment où l’on demande aux élèves de piloter des outils d’IA, ces données ne permettent même pas d’isoler s’ils disposent de l’autonomie numérique de base pour le faire.
Ce n’est pas définitif… mais la moyenne globale n’est tout de même pas rassurante.
Ce que je retiens pour l’action
Le diagnostic n’est ni celui d’une « génération sans compétences numériques », ni celui d’une autonomie devenue universelle. Il décrit des degrés de maîtrise inégaux, avec un passage vers les usages autonomes qui ne peut pas être tenu pour acquis dans une bonne partie des collèges et des lycées professionnels. La moyenne nationale de 287,23 points donne un repère ; ce sont les distributions qui montrent la réalité.
J’en tire trois principes. D’abord, lire les distributions avant les moyennes : un établissement peut afficher une moyenne au-dessus de 256 et une médiane en dessous (un collège du fichier affiche par exemple 260,18 de moyenne pour 252,5 de médiane).
Ensuite, traiter le passage de l’usage à l’autonomie comme un objectif de formation, pas comme un sous-produit de la mise à disposition d’outils. Là où les médianes stagnent sous 256, la disponibilité du numérique ne suffit manifestement pas ; c’est l’accompagnement qui manque. Enfin, réclamer de meilleures données : des résultats par compétence et des effectifs ventilés, sans quoi on continuera de commenter une moyenne qui ne localise aucune difficulté.
C’est aussi ce qui manque à la stratégie numérique française pour le secondaire, un point que je pointais déjà en lisant le rapport de la Commission IA : moins de chartes et de taux d’obtention, davantage de mesure fine de ce que les élèves savent réellement faire, et l’accompagnement qui en découle. 2025 nous donne une photographie exploitable. La vraie décision, maintenant, est de construire la mesure qui permettra, l’an prochain, de voir si l’on progresse.
Qu’est-ce que mesure le score certifié Pix, et que veut dire 256 points ?
Le score certifié Pix n’est ni une note sur 20 ni un pourcentage de bonnes réponses : c’est un positionnement sur une échelle de maîtrise, exprimé en points Pix. La grille officielle situe « Novice 2 » de 128 à 255 points et « Indépendant 1 » de 256 à 383. Franchir 256 points signale donc l’entrée dans une autonomie « dans la plupart des situations courantes », et 384 points marque une aisance plus étendue. Ces seuils sont des repères de lecture, pas des seuils d’échec ou d’illectronisme.
Un taux de certification de 98,75 % signifie-t-il que les élèves maîtrisent le numérique ?
Non. En 2025, 98,75 % des participants recensés ont été certifiés, mais l’obtention de la certification et le niveau atteint sont deux informations distinctes. Un collège du fichier compte 45 participants, 45 certifiés, et une moyenne de seulement 102,22 points. Le taux dit que les élèves sont allés au bout de l’épreuve ; ce sont les scores et leur dispersion qui renseignent sur la maîtrise réelle des compétences numériques.
Peut-on affirmer que « 75 % des collégiens sont sous le seuil d’autonomie » ?
Non, et c’est le principal piège de ces données. Le chiffre exact est que 75,51 % des collèges d’au moins 30 certifiés ont une médiane inférieure à 256 points : il porte sur les établissements, chacun compté une fois, pas sur les élèves. La proportion réelle de collégiens concernés exigerait des données individuelles, absentes du fichier. Ce que l’on peut dire, c’est que dans une large majorité des collèges observés, le centre de la distribution reste sous le seuil de l’autonomie courante.
Les scores Pix permettent-ils de dire si les compétences progressent entre 2024 et 2025 ?
Non. Pour les 10 893 établissements du millésime 2024, les statistiques de score (moyenne, médiane, quartiles) sont manquantes, non renseignées, et pas égales à zéro : aucune hausse ni baisse n’est calculable. S’ajoute le changement de dispositif de certification au 4 novembre 2024, qui imposerait de vérifier la comparabilité avant tout rapprochement. 2025 est donc une photographie exploitable, pas une trajectoire annuelle.

